Pourquoi a-t-on du mal à se remettre d’une rupture en amour ?
Vous sortez (ou vous avez vécu dans le passé) d’une rupture amoureuse particulièrement difficile. Celle-ci a laissé des traces importantes et vous fait encore souffrir. Malgré toutes vos tentatives pour vous reconstruire et aller de l’avant, vous vous sentez encore régulièrement submergé·e, sans comprendre pourquoi.
Dans cet article, je vous aide à comprendre les émotions intenses et les difficultés qui vous assaillent. Que se passe-t-il dans le psychisme au moment d’une séparation ? Comment faire pour se reconstruire lorsque cet événement nous a détruit ? Découvrez mes conseils pour favoriser votre reconstruction.
Définition du stress post-traumatique
Selon le DSM-V (Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux et des Troubles Psychiatriques) le stress post-traumatique (ou psychotraumatisme) se définit comme :
Des troubles présentés par une personne ayant vécu un ou plusieurs événements traumatiques, ayant :
- menacé son intégrité physique et psychique ou celle d’autres personnes présentes
- provoqué une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur
- développé des troubles psychiques lié à ce(s) traumatisme(s)
Cette définition peut être complétée par celle de Louis Crocq, psychiatre et docteur en psychologie, spécialiste des névroses de guerre :
C’est un phénomène d’effraction du psychisme et de débordement de ses défenses par les excitations violentes afférentes à la survenue d’un événement agressant ou menaçant pour la vie ou pour l’intégrité (physique ou psychique) d’un individu, qui y est exposé comme victime, comme témoin ou comme acteur.
Les types de psychotraumatisme
On distingue deux familles de psycho-traumatisme :
- les psychotraumatismes de type I : lorsque la personne est exposée à un événement traumatique unique. Par exemple : les accidents, les incendies, les catastrophes naturelles et industrielles, les maladies graves, les deuils violents, les attentats…
- les psychotraumatismes de type II : aussi appelés psychotraumatismes complexes, lorsque la personne est exposée à des événements traumatiques de façon répétée et prolongée. Par exemple : les guerres, les maltraitances dans l’enfance, les violences intra-familiales, le harcèlement (scolaire, au travail)…
Notons que ces troubles post-traumatiques peuvent être :
- immédiats
- post-immédiats (présents jusqu’à 1 mois après l’événement traumatique)
- chroniques (présents au-delà de 6 mois après l’événement traumatique)
- différés
La rupture amoureuse est-elle un traumatisme ?
Les termes de « trauma » ou de « traumatisme » sont aujourd’hui utilisés très fréquemment dans les médias et sur les réseaux sociaux, comme si n’importe quel événement pouvait se révéler traumatique.
Cette idée est en partie vraie, puisqu’on observe que, sur plusieurs personnes confrontées à un événement potentiellement traumatique, toutes ne développeront pas un stress post-traumatique. De la même manière, des événements en apparence anodins peuvent se révéler traumatiques pour certaines personnes. Il y a donc bien une notion de subjectivité dans le fait de développer des troubles post-traumatiques.
Toutefois, les définitions du stress post-traumatique que j’ai indiqué plus haut mettent bien en avant l’idée d’une atteinte et/ou d’une menace à l’intégrité physique et/ou psychique. On se situe donc au-delà de la « simple » blessure émotionnelle.
Dès lors, peut-on réellement parler de stress post-traumatique suite à une séparation amoureuse ?
On peut mettre en avant l’idée que la fin de la relation amoureuse porte atteinte :
- au sentiment de sécurité interne (là où la relation apportait stabilité et sécurité affective)
- au sentiment de maîtrise et de contrôle
- au sentiment d’unité
- à l’estime de soi
Ainsi, même s’il n’y a pas de notion de danger en tant que tel, la rupture peut porter atteinte au sentiment d’intégrité psychique et générer un stress intense. Le psychisme perçoit alors le danger ou la menace dans cette situation nouvelle à laquelle il ne sait pas encore faire face.
Des chercheurs ont donc repéré chez certaines personnes venant de se séparer les mêmes symptômes que ceux de l’état de stress post-traumatique.
Que se passe-t-il dans le cerveau des personnes amoureuses ?
Pour y voir plus clair, intéressons-nous à ce qui se passe dans le cerveau chez des personnes amoureuses, puis au moment de la séparation.
La recherche a démontré qu’il existe une baisse de l’activité de l’amygdale, la zone du cerveau activée face au danger supposé ou réel, chez les personnes amoureuses. Pour résumer, le fait d’être amoureux nous rendrait moins craintif, si la relation est saine et exempte de violences, bien entendu !
De plus, le système de récompense, ou système dopaminergique, est activé via la sécrétion :
- de dopamine (hormone du plaisir)
- d’endorphines (hormone de la relaxation et de l’euphorie)
- d’ocytocine (hormone de l’attachement)
- de sérotonine (hormone du bien-être)
Certains chercheurs ont ainsi montré que l’amour agit telle une drogue sur le cerveau.
Lors d’une rupture, ce système de récompense est perturbé et remplacé par l’activation du système de stress, avec une production de cortisol et d’adrénaline plus élevée qu’en temps normal. Le corps est alors en état d’alerte permanent, comme lors d’un état de stress post-traumatique.
👉 Important à savoir : Ces phénomènes sont bien entendu accentués quand la séparation survient :
- de façon brutale (sans signe avant-coureur)
- dans un contexte de dépendance affective
Zoom sur le syndrome de Tako-tsubo
Le syndrome de tako-tsubo, aussi appelé « syndrome du coeur brisé », est une maladie rare qui se déclenche après un stress et des émotions intenses, positives ou négatives. Il s’agit d’une condition extrêmement rare, qui toucherait une personne sur 36 000.
Ce syndrome toucherait majoritairement les femmes de plus de 50 ans. Les symptômes sont similaires à ceux d’un infarctus du myocarde, à savoir :
- des douleurs et oppressions dans la cage thoracique
- des problèmes respiratoires
- des palpitations cardiaques
En temps normal, le ventricule gauche du cœur a une forme de cône. Avec la cardiomyopathie tako-tsubo, ce ventricule est déformé. Il devient rond, ressemblant ainsi à un tako-tsubo, c’est-à-dire un piège à calamar en forme de cruche utilisé par les pêcheurs japonais.
Les racines psychologiques du stress post-traumatique en amour
Le stress post-traumatique amoureux peut s’expliquer de différentes façons, comme par exemple en lien avec :
- une relation violente
- une séparation violente
- une réactivation de traumas anciens
- une infidélité
Une relation violente
Bien évidemment, si vous avez vécu une relation abusive, les risques de développer un état de stress post-traumatique pendant la relation sont élevés. Les symptômes peuvent d’ailleurs perdurer longtemps après la séparation si vous ne bénéficiez d’aucune prise en charge.
👉 Important à savoir : Le risque de développer un trouble post-traumatique après la survenue d’un événement considéré comme traumatique est de 24%. Aussi, lorsque le traumatisme est lié à une intentionnalité humaine et qu’il est intrafamilial, la gravité des troubles augmente. Les violences conjugales répétées sont donc de grandes pourvoyeuses de stress post-traumatiques. Il s’agit dans ces cas-là de psychotraumatismes de type II ou psychotraumatismes « complexes ».
🔗 Vous voulez savoir si votre relation actuelle est saine ou abusive ? Découvrez mon article sur le sujet : Comment savoir si une relation est saine : 11 indices sûrs
Une rupture violente
Il se peut que la relation en elle-même n’ait pas été toxique ou abusive (en apparence du moins). Mais qu’au moment de la rupture, l’un des partenaires ait usé de violences verbales ou psychologiques, de rabaissements, voire de violences physiques. Lorsque c’est le cas, il se peut qu’il y ait en fait eu une forme d’emprise présente dans la relation.
Si la personne sous emprise décide de quitter l’autre, celui-ci/celle-ci peut ne pas supporter de voir son emprise vaciller . Il / Elle peut alors user alors de violences ou de manipulations pour effrayer l’autre et tenter de la maintenir.
💡 Bon à savoir : Lorsque l’on parle de séparation violente, cela peut également renvoyer à une violence plutôt « symbolique ». Par exemple :
- lorsque la séparation est totalement inattendue : l’autre n’a rien laissé paraître ou est parti sans rien dire, et sans explication. La « mise en sens », ou recherche de sens, à cet événement inattendu est alors impossible, accentuant l’effet de sidération.
- suite à une infidélité : elle engendre sentiment de trahison très important.
Dans ces cas-là, le trouble post-traumatique est de type I, puisque l’événement traumatique à l’origine du trouble était unique et isolé.
Une réactivation de traumas anciens
La fin d’une relation amoureuse peut rappeler et réactiver des traumatismes plus anciens. La douleur, le stress et/ou le rejet ressentis lors d’une rupture peuvent faire écho à des souvenirs d’événements passés qui ont pu être potentiellement traumatiques.
Selon certaines études américaines, il existerait 7 types de traumatisme de l’enfance, aussi appelés « expériences négatives de l’enfance » (Adverse Childhood Experience ou ACE), à savoir :
- les violences physiques, sexuelles et/ou psychologiques
- la négligence physique et/ou affective
- les violences intrafamiliales au sein du foyer*
- un proche incarcéré
- la maladie mentale d’un des parents
- l’exposition à l’addiction grave d’un parent
- la séparation ou le divorce des parents
*À noter qu’aux yeux de la loi, un enfant témoin de violences est considéré comme co-victime des violences.
Ainsi, une rupture sentimentale peut par exemple rappeler le divorce de ses parents, ou bien les émotions ressenties face à la négligence physique ou affective vécue dans l’enfance. Lors d’un événement traumatique, l’enfant peut facilement se sentir impuissant et sans aucun contrôle sur la situation. C’est particulièrement le cas lorsqu’il est témoin de violences intrafamiliales.
Alors qu’une relation amoureuse saine apporte généralement un sentiment de maîtrise et de sécurité aux partenaires, la séparation peut au contraire engendrer un sentiment profond de perte de contrôle, qui faist écho aux événements traumatiques de l’enfance. La fin de la relation est susceptible de réveiller des angoisses archaïques chez la personne quittée.
📖 Définition des angoisses archaïques : Il s’agit d’angoisses profondes et primitives qui remontent à la toute petite enfance, souvent même avant que l’enfant ait acquis le langage et une conscience claire de lui-même. Il peut s’agir d’angoisses :
- de séparation
- d’abandon
- de morcellement (lorsque l’enfant n’a pas encore acquis un sentiment d’unicité)
- d’anéantissement (lorsque l’enfant ne ressent pas suffisamment la présence sécurisante d’une figure d’attachement)
- voire de mort
Ces angoisses sont souvent envahissantes et plus difficiles à réguler que d’autres types d’angoisses, qui sont plus faciles à rationnaliser. Elles peuvent rendre le processus de reconstruction laborieux.
⚠️ Important à savoir : Ces réactivations de traumas ne sont pas forcément conscientes. Autrement dit, la personne peut sembler en grande difficulté pour surmonter la rupture, sans comprendre pourquoi.
Dans le cas de la réactivation d’angoisses archaïques, cela est d’autant plus difficile à identifier, puisque cela renvoie à des expériences dont la personne n’a possiblement aucun souvenir, mais qui ont tout de même imprimé en profondeur son psychisme.
Une infidélité
Un dernier cas de figure susceptible d’engendrer un stress post-traumatique amoureux est l’infidélité. Celle-ci est bien souvent vécue comme une trahison profonde, une humiliation et un rabaissement par la personne trahie. Elle engendre généralement :
- un sentiment d’impuissance
- une perte de l’estime de soi
- une déstabilisation forte de la sécurité des émotions ressenties par la personne en temps normal
Les symptômes du stress post-traumatique amoureux
Les symptômes du stress post-traumatique « amoureux » sont les mêmes que ceux du TSPT (SSPT en anglais) « classique ». On observe ainsi :
- des symptômes d’évitement
- des symptômes d’intrusion/reviviscence
- des symptômes d’hyperactivation neurovégétative
- de la dissociation
Les symptômes d’évitement
Il s’agit d’un évitement phobique de toute situation rappelant l’événement traumatique ou s’y rapportant. On observe alors :
- une réactivité émotionnelle réduite
- une perte de l’anticipation positive de l’avenir
- un évitement de la pensée
- un désinvestissement des relations interpersonnelles
- le développement d’un monde imaginaire
- un évitement de toute situation douloureuse ou anxiogène
- un retrait social
Dans le cadre d’un trouble de stress post-traumatique amoureux, cela peut se traduire de la manière suivante :
- impossibilité pour la personne de se projeter dans l’avenir sans son ex-partenaire
- évitement des personnes fréquentées en tant que couple
- évitement des lieux fréquentés pendant la relation
- etc.
Les symptômes d’intrusion/reviviscence
Il s’agit de la réapparition involontaire et récurrente des souvenirs traumatiques ou d’éléments s’y rapportant, sous la forme de :
- flashbacks
- cauchemars
- ruminations
- rêves répétitifs
👉 Exemple pour illustrer : La personne peut revivre le moment de la séparation ou de la découverte de l’infidélité avec la même intensité émotionnelle, comme si elle revivait la scène dans le moment présent. Les flashbacks peuvent être déclenchés par des détails qui rappellent de façon consciente ou inconsciente, de près ou de loin l’événement traumatique.
Les symptômes d’hyperactivation neurovégétative
Ces symptômes sont générés par une activation excessive du système nerveux autonome. Celui-ci contrôle les processus physiologiques internes tels que la fréquence cardiaque, la respiration, la tension artérielle, la digestion… Il s’agit d’une réponse au stress perçu, même en l’absence de danger immédiat et qui se manifeste par :
- des réveils nocturnes
- des insomnies
- de l’hypervigilance
- des sursauts
- une irritabilité
- des troubles de l’attention et de la concentration
- un état d’alerte et de contrôle
- des colères explosives
👉 Exemple pour illustrer : La personne venant de vivre une rupture traumatique peut ainsi être dans l’hypervigilance et la crainte permanente de croiser son ex-partenaire.
La dissociation
Un événement traumatique est susceptible d’entraîner des symptômes de dissociation.
📖 Définition de la dissociation péritraumatique : Il s’agit d’une réaction psychique involontaire et ponctuelle qui entraîne chez la victime une séparation entre différents processus mentaux (émotions, pensée, comportements, mémoire) habituellement bien articulés entre eux. Elle est directement liée au mécanisme de « disjonction » du cerveau face à un événement trop stressant.
Pour information, face à un danger ou une menace, le cerveau sécrète de l’adrénaline et du cortisol (hormones du stress). Sécrétées en trop grandes quantités, ces hormones peuvent être toxiques pour l’organisme et engendrent un risque vital important. Pour y palier, le cerveau met en place un mécanisme de sauvegarde : la disjonction. Exactement comme un circuit électrique en surtension disjoncte pour sauvegarder les appareils.
La dissociation peut se manifester de différentes façons :
- La personne se sent détachée de son propre corps ou de ses pensées, avec un sentiment d’irréalité ou de flottement. On parle alors de dépersonnalisation.
- La victime perçoit son environnement de manière étrange, comme si elle était dans un rêve ou un film. Cela entraîne une altération de la perception des couleurs, des sons, du temps, des lieux, des personnes, etc. On parle alors de déréalisation.
- La personne réalise des actions automatiques, sans en avoir conscience.
🔗 Pour en savoir plus sur les mécanismes neurobiologiques sous-jacents à l’état de stress post-traumatique, je vous invite à consulter mon article thématique : Comment identifier les symptômes du psychotraumatisme ?
L'impact des relations toxiques sur la santé mentale
Au-delà des symptômes cités précédemment, les relations toxiques peuvent avoir un impact durable sur la santé mentale avec d’autres troubles et symptômes associés, comme par exemple :
- la chute de l’estime de soi
- des difficultés relationnelles
- un état dépressif et des idées noires
- des risques de répétition
- des addictions
Chute de l’estime de soi
À cause du / de la partenaire, l’estime de soi des personnes vivant une relation toxique est très souvent abîmée, dégradée par :
- le manque de considération
- les manipulations
- les rabaissements
- les reproches
Or, l’estime de soi est directement corrélée à la santé mentale et représente l’un des piliers de l’équilibre psychique.
🔗 Pour aller plus loin sur la reconstruction de l’estime de soi, lisez mon article : Comment retrouver l’estime de soi après une relation toxique ?
Difficultés relationnelles
Les relations abusives impactent les relations interpersonnelles. Le partenaire toxique/violent isole socialement (et parfois même physiquement) sa victime afin d’assoir plus facilement son emprise sur elle. La victime se sent donc peu entourée et il peut lui paraître difficile de (re)prendre contact avec certains proches.
De plus, la relation toxique est susceptible de générer chez la victime un manque de confiance, voire une méfiance vis-à-vis des autres : comment être sûre qu’il s’agit de personnes fiables ?
Ce manque de confiance peut être accentué par l’attitude même du conjoint·e ou de l’ex-conjoint·e violent·e qui a bien souvent un discours très négatif sur les personnes susceptibles d’apporter un soutien à la victime.
🔗 Concernant l’insécurité affective, je vous invite à lire mon article dédié : Insécurité affective en couple : 7 raisons qui l’expliquent
État dépressif et idées noires
Les relations toxiques engendrent un malêtre tellement important que les états dépressifs s’observent très fréquemment chez les victimes. La souffrance liée aux abus, mais aussi liée aux symptômes de l’état de stress post-traumatique, peut également favoriser l’apparition d’idées suicidaires, avec un risque de passage à l’acte plus ou moins important.
🚨 Essentiel à savoir : Si tel est votre cas, il est indispensable de ne pas rester seul·e avec cela. Parlez-en à vos proches ou rapprochez-vous d’un·e professionnel·le de santé : médecin généraliste, psychologue, psychiatre, autre thérapeute…
Dans les cas de grande urgence, n’hésitez pas à contacter les pompiers, le SAMU ou à vous présenter aux urgences de l’hôpital le plus proche. Vous pourrez être reçu·e à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, et une prise en charge adaptée pourra vous être proposée.
Risque de répétition
Lorsque le stress post-traumatique est lié à une relation violente ou au fait d’avoir été témoin de violences intra-familiales dans l’enfance, le risque de répétition à l’âge adulte est très élevé. Il se traduit de la manière suivante :
- se retrouver à nouveau victime de violences dans des relations ultérieures, qu’elles soient amoureuses, professionnelles ou amicales
- devenir soi-même auteur / autrice de violences à l’encontre d’autres personnes
Seule une prise en charge adaptée permet d’atténuer, voire d’éviter ce risque.
Addictions
On observe relativement fréquemment le développement d’addictions chez les personnes qui vivent une relation toxique/violente. Les victimes peuvent se tourner vers l’abus de substances afin de supporter les agressions du conjoint·e violent·e et le climat de terreur que celui-ci fait régner.
Même après la séparation, le risque de développer une addiction est encore bien présent. Il s’agit alors pour la victime :
- d’une façon de supporter les symptômes de l’état de stress post-traumatique, notamment l’anxiété
- d’une recherche d’anesthésie émotionnelle face aux phénomènes de reviviscence
🔗 Les séquelles des relations toxiques sont très nombreuses. Pour en avoir un aperçu plus approfondi, vous pouvez lire l’article suivant : Quelles sont les séquelles d’une relation toxique ? (+ conseils)
Comment se reconstruire après une rupture difficile ?
La reconstruction post-séparation est un processus qui nécessite toujours du temps, car il s’agit d’un véritable travail de deuil à effectuer. Il n’existe pas de recette miracle et il est toujours nécessaire de passer par des moments douloureux. Lorsque la rupture ou la relation en elle-même est à l’origine d’un état de stress post-traumatique, la reconstruction est d’autant plus longue et laborieuse.
💡 Intéressant à savoir : Le cerveau humain aurait en moyenne besoin de 3 mois pour se remettre d’un chagrin d’amour « classique ».
Acceptez vos émotions et le temps nécessaire à la reconstruction
Les émotions engendrées par une séparation amoureuse sont souvent très pénibles, et ce, d’autant plus lorsqu’elle était brutale et/ou lorsque la relation était toxique.
Ainsi, vous pourriez être en proie à de nombreuses émotions :
- la colère
- la tristesse
- le désespoir
- la culpabilité
- un sentiment d’injustice
- etc.
Malgré l’état très désagréable dans lequel elles vous plongent, il est indispensable de ne pas ignorer ou mettre vos émotions de côté. Laissez-leur l’espace et le temps pour s’exprimer, de la façon qui vous conviendra :
- en les partageant à un proche
- en les peignant
- en les dessinant
- en les écrivant
- etc.
🔗 L’écriture thérapeutique est par exemple une excellente solution pour y parvenir. Découvrez mon article complet sur le sujet : 9 avantages de l’écriture thérapeutique post relation toxique
Derrière cette idée d’acceptation, je dirais qu’une partie du travail consiste également dans certains cas à accepter de ne pas avoir toutes les réponses. Si votre ex-conjoint·e refuse de vous répondre ou de vous donner des explications sur cette rupture brutale, certaines de vos questions resteront malheureusement en suspens… Et il vous faudra faire avec.
Cherchez du soutien
La période post-séparation est toujours une période de difficulté et de vulnérabilité, à laquelle il est préférable de ne pas faire face seul·e. Pour cela, vous aurez besoin d’un soutien important, que vous pourrez trouver :
- auprès de vos proches (amis, famille…)
- auprès de professionnel·les, si vous ne vous sentez pas prêt·e à aborder avec vos proches ce que vous avez vécu durant la relation
- auprès de groupes de paroles ou de groupes de soutien en ligne
💡 Bon à savoir : Si vous sortez d’une relation violente, sachez que la plupart des associations d’aide aux victimes proposent des groupes de parole, lesquels présentent plusieurs avantages :
- Ils aident à se sentir moins seul·e et à élargir son réseau.
- Ils permettent d’entendre des histoires similaires et de voir comment les autres ont fait pour se reconstruire.
- Ils représentent un soutien émotionnel important et apportent un certain réconfort.
Prenez soin de vous et de vous retrouver
Pour vous reconstruire après une rupture difficile, il est indispensable de vous recentrer sur vous-même et de faire de vos besoins et vos envies votre priorité. Pour cela :
- Prenez soin de vous, en faisant des choses qui vous plaisent et qui vous apportent du réconfort.
- Renouez avec vos centres d’intérêts et vos projets.
- Recentrez-vous sur le moment présent.
🔎 Zoom sur la méditation de pleine conscience :
La méditation de pleine conscience est une pratique qui invite à se focaliser sur l’ici et le maintenant, et à observer ce qui se passe, à savoir les pensées, les sensations, les émotions… Tout cela sans jugement et avec bienveillance. Elle participe à une meilleure acceptation de ce qui est présent à nous.
🔗 Pour en savoir plus sur la méditation de pleine conscience, je vous invite à lire mon article thématique : La méditation de pleine conscience : intérêt post violences conjugales
Évitez les contacts avec votre ex
Si vous souffrez d’un trouble post-traumatique suite à une rupture difficile, essayez d’éviter les contacts avec votre ex :
- d’une part, car le fait d’être en contact avec lui.elle pourrait raviver ou accentuer les symptômes de reviviscence
- d’autre part, car vous devez vous recentrer sur vous et œuvrer à votre reconstruction. Le fait de maintenir des contacts réguliers avec votre ex peut empêcher ce processus et le travail de deuil qui va avec.
Ce conseil est d’autant plus vrai s’il s’agissait d’une relation abusive ! Dans ce cadre-là, le fait de « couper les ponts » représente également une forme de protection.
🔗 Pour aller plus loin, je vous invite à lire mon article sur le sujet : Comment couper les liens d’attachement avec son ex ?
Soulager les symptômes du psychotraumatisme avec l’EMDR
L’EMDR (Eye Movement Desensitization Reprocessing) est une thérapie brève reconnue pour son efficacité dans le traitement des psychotraumatismes.
Grâce à des mouvements oculaires ou des stimulations bilatérales, elle favorise l’intégration (la « digestion » en quelque sorte) des souvenirs traumatiques dans la mémoire à long terme, leur faisant petit à petit perdre l’intensité émotionnelle qui y était associée. Les symptômes de reviviscence disparaissent alors peu à peu.
Des protocoles médicamenteux prometteurs
Des chercheurs ont mis au point un protocole afin de traiter les états de stress post-traumatique chez les victimes d’attentat.
Au début du protocole, il est demandé aux victimes de raconter par écrit le vécu de leur traumatisme. Elles doivent ensuite prendre un comprimé de propranolol une heure avant une séance de réactivation des souvenirs traumatiques, lors de laquelle il leur est demandé de lire leur écrit.
📖 Définition du propranolol : C’est un bêtabloquant qui réduit les symptômes du stress post-traumatique en perturbant la réactivation des souvenirs douloureux. Il est prescrit depuis des décennies pour ralentir le cœur (angines de poitrine, hypertension artérielle, arythmie…).
Le propranolol permet à la victime de revisiter le souvenir avec une charge émotive amoindrie et, à plus long terme, de pouvoir l’aborder avec un certain détachement. Les souvenirs traumatiques quittent alors la mémoire traumatique pour intégrer la mémoire à long terme, autobiographique. Une équipe toulousaine a d’ailleurs travaillé sur cette molécule.
Ce même protocole a été appliqué avec succès à des personnes venant de vivre une rupture amoureuse difficile.
Des placebos efficaces ?
Le protocole du propanolol ne faisant pas l’unanimité chez les médecins, d’autres chercheurs ont mené une étude pour vérifier l’hypothèse selon laquelle un placebo pourrait être efficace dans le domaine émotionnel. Pour cela, ils ont réuni une quarantaine de volontaires ayant vécu une rupture amoureuse non désirée dans les six mois précédents.
On demandait à ces personnes de se munir d’une photo de leur ex, ainsi que d’une photo d’un·e ami·e de même sexe. Afin de mesurer les réactions de leur cerveau, une IRM était réalisée en même temps qu’on leur présentait ces images. Ils ont également été soumis à une légère douleur physique.
Les chercheurs ont ensuite administré un placebo aux participants : la moitié d’entre eux était informée qu’il s’agissait d’un analgésique puissant et l’autre moitié d’une simple solution saline.
Une seconde IRM a ensuite été réalisée, qui a mis en évidence que les participants du groupe placebo ont ressenti moins de douleur physique et un apaisement au niveau émotionnel. De plus, leur cerveau réagissait différemment.
La conclusion de cette étude est la suivante : nos attentes et nos prédictions ont une grande influence sur ce que nous percevons et ressentons.
👉 Un peu de réflexion : Même si ces protocoles semblent efficaces et prometteurs, ils soulèvent une autre question. Chaque événement de vie douloureux et difficile à surmonter nécessite-t-il forcément une médication ?
Je dirais que non. Au contraire, de mon point de vue de psychologue, la médication ne devrait intervenir que si les symptômes persistent ou s’aggravent alors même que d’autres approches (notamment psychothérapeutiques) ont été instaurées. L’avantage de la psychothérapie est justement d’explorer en profondeur ce qui se passe pour le patient et de l’aider à élaborer ses propres solutions pour surmonter ses difficultés.